La note de synthèse

PRESENTATION DE L’EPREUVE

La note de synthèse constitue l’unique épreuve écrite de la procédure d’admission en Master à Sciences Po. Elle représente 50% de la phase d’admissibilité et est donc éliminatoire. Il s’agit d’une épreuve sur documents consistant à présenter de manière organisée et problématisée les enjeux soulevés par un corpus documentaire, sous un angle orienté par l’intitulé du sujet. Le candidat doit intégrer le contenu de ces documents à une réflexion structurée. A la différence de la plupart des épreuves de notes de synthèse présentes dans les concours administratifs, il est ici explicitement demandé au candidat d’intégrer des éléments de connaissances personnelles à sa copie. La compétence principalement évaluée demeure néanmoins celle de la restitution d’idées, dans une forte logique de rigueur factuelle. L’épreuve fait ainsi surtout appel à la capacité du candidat à distinguer l’essentiel de l’accessoire. 

L’épreuve se déroule en 4 heures et comporte non seulement la note de synthèse elle-même (notée sur 16), mais aussi des questions sur documents (notées sur 4).

DEROULEMENT DE L’EPREUVE

Cette fiche méthodologique se propose de vous donner une méthode particulière, différente de celles que vous pourriez trouver dans les manuels généraux, et qui a été spécifiquement éprouvée aux concours de Sciences Po.

La méthode que nous vous proposons se décompose en plusieurs phases successives. Le temps consacré à chaque phase vous est donné plus bas à titre indicatif.

1 – Prise de connaissance du sujet

La première approche du candidat avec le sujet constitue une phase méthodologique à part entière, dans la mesure où il n’est pas exagéré de signaler que beaucoup se joue dès les premières minutes de l’épreuve.

L’angle d’approche du sujet est en effet donné par l’intitulé, et tout écart, mauvaise compréhension ou hors-sujet s’avèrerait fatal d’entrée de jeu. Par exemple, le sujet numéro 2 de l’épreuve de 2014 indique que le candidat doit s’attacher à rendre une synthèse sur les « enjeux éthiques et économiques de l’homme augmenté », c’est-à-dire qu’il n’est nullement question ici des aspects politiques ou culturels de la question. Cette remarque parait redondante, mais ne va pas forcément de soi lors de la rédaction du devoir sur la base de documents souvent complexes et transversaux. Le candidat doit donc garder en tête cet angle à tout moment de son travail de lecture afin de sélectionner les informations pertinentes.

 

2 – Première phase de lecture « distante »

La prise de contact avec l’ensemble documentaire doit rester brève mais néanmoins précise. Il ne s’agit pas de vaguement survoler les textes mais d’en capter les lignes directrices et les points de tension. 

Le sommaire doit retenir votre attention tout d’abord, en ce qu’il donne la tonalité générale du corpus. Les titres des documents sont souvent révélateurs de leur contenu et font déjà apparaitre, en les prenant dans leur ensemble, les enjeux du dossier. On peut y voir quels sont les documents portant sur des éléments factuels, exposant les données du problème, et ceux qui tentent d’esquisser des pistes de solutions. Les documents pivots et les documents complémentaires doivent être identifiés, à l’exclusion d’éventuels documents redondants ou parasites qui peuvent être présents dans le corpus.

Il est ensuite conseillé au candidat de prendre connaissance des documents eux-mêmes en parcourant une première fois l’ensemble documentaire dans son intégralité, en adoptant une lecture diagonale rapide. Le candidat peut éventuellement surligner avec parcimonie quelques éléments sur lesquels revenir plus en détails lors de la seconde lecture.

En bonus, le candidat aura idéalement identifié dans le dossier un potentiel document-clé où l’essentiel des problèmes soulevés par le sujet serait posé.

Cette première phase de lecture, quoique nécessairement rapide, est primordiale. Elle doit permettre au candidat d’aborder le corpus de documents avec une certaine hauteur afin de construire la structure de son devoir. Au terme de cette lecture dite « distante », en effet, il s’agit pour le candidat, au regard d’une confrontation de l’intitulé du sujet avec la tonalité des documents, d’arrêter définitivement sa problématique et son plan.

Rappelons ici que la problématique se définit comme l’axe de lecture du dossier faisant ressortir spécifiquement un ou plusieurs points de tensions, portés à la réflexion dans les développements.

Le plan est quant à lui en quelque sorte dicté par l’ensemble documentaire, puisque le contenu des documents doit être intégré dans l’ensemble des parties. Il ne peut y avoir aucune sous-partie qui serait composée uniquement des réflexions personnelles du candidat. Celles-ci ne doivent toujours intervenir qu’en complément des documents.

Rappelons utilement que les titres du plan (apparents) doivent répondre directement à la question soulevée par la problématique et ne surtout pas être purement descriptifs. 

Enfin, précisons que le plan retenu par le candidat devra être en deux parties, comportant chacune deux sous-parties, c’est-à-dire conformément à la méthodologie dite « juridique ».

3 – Seconde phase de lecture « active »

Une fois le plan élaboré, il convient à présent de le remplir. Le candidat reprendra donc à nouveau et pour la dernière fois (au risque sinon de manquer de temps) l’ensemble des documents, de manière plus détaillée. Les éléments pertinents de chacun des documents (idées ou exemples) seront ainsi intégrés dans le plan.

Le candidat est libre ici de s’organiser comme il le souhaite sur ses brouillons selon le code couleur qu’il préfère ou toute autre organisation qui lui est propre. L’essentiel est d’aller rapidement et de pouvoir se relire aisément au moment de la phase de rédaction.

A ce stade de l’exercice, il est toutefois déconseillé de recourir de nouveau au surlignage, source de confusion et de perte de temps car cela forcerait le candidat à revenir encore sur le dossier documentaire.

En revanche, il est recommandé au candidat de relever pour chaque document les idées essentielles (thèmes et points-clés) puis de classer au brouillon les informations ainsi recueillies par grands themes qui constitueront l’architecture des parties. Les grands thèmes choisis doivent permettre de classer pratiquement toutes les idées qui ont été relevées dans les documents. Un grand thème ne doit jamais être consacré tout entier aux idées d’un seul document.

4 – Phase de rédaction

Le plan détaillé tel que vous l’avez réalisé au brouillon doit normalement vous permettre de rédiger votre développement rapidement et de façon intuitive.

Nous allons ici attacher une importance particulière à la rédaction de l’introduction.

On dit parfois que l’introduction doit être la « vitrine » de votre devoir. C’est d’autant plus vrai dans le cas présent que le correcteur, pressé par la masse de devoirs à corriger, ne prendra parfois même pas le temps d’entrer dans la « boutique » de votre développement (ou alors il n’y jettera qu’un rapide coup d’œil), et jugera l’ensemble du magasin à l’aune de sa seule vitrine.

Cette métaphore ne tend qu’à souligner encore le rôle central de l’introduction, qui donne dans tous les cas au correcteur au terme de sa lecture une idée précise de la fourchette de notation dans laquelle s’inscrit votre devoir.

Tout d’abord, précisons que l’introduction d’une note de synthèse n’est pas une introduction de dissertation. Elle ne doit donc pas être trop travaillée ni trop longue. Il y a néanmoins des éléments communs : l’enjeu de l’introduction est de poser la réflexion et d’aboutir à un plan structuré.

L’introduction démarre assez classiquement par une phrase d’accroche, laquelle doit être la plus marquante possible. Evitez ainsi les banalités qui vous desserviraient. L’accroche doit englober l’intégralité du sujet pour avoir un impact. Si rien de pertinent ne vous vient à l’esprit, évitez de perdre du temps et entrez directement dans la phase de définition des termes du sujet, classique également mais indispensable, car elle vous permet de circonscrire votre plan d’un point de vue notionnel.

Vient ensuite une « phase de problématisation » que l’on peut schématiser en trois étapes successives :

* Rappeler l’histoire du sujet, les éléments historiques dont vous avez connaissance autour des notions définies ;

* Décrire l’actualité du sujet rattachée au corpus documentaire ;

* Enoncer le point de tension ressortant de la confrontation entre l’histoire du sujet et son utilisation actuelle. Celui-ci correspond généralement à la problématique.

La mise en regard de l’histoire et de l’actualité du sujet permet de dégager aisément une problématique par l’identification d’un point de tension entre passé, présent et futur. En l’espèce, les données de l’énoncé rendent l’exercice plus facile : il s’agit de se concentrer exclusivement sur un aspect donné du sujet.

Comme indiqué plus haut, les titres du plan doivent explicitement apparaitre dans votre devoir. Chapeaux descriptifs et transition sont de rigueur dans cet exercice très formel. Les transitions agissent comme un relais, assurant la progression logique du devoir en permettant au lecteur de suivre la démonstration. Elles doivent récapituler l’idée de la partie précédente et, selon le type de plan que vous avez choisi, assurer la progression logique de votre argumentation ou au contraire marquer nettement l’opposition avec ce qui précède.

Il est conseillé de diviser les sous-parties elles-mêmes en deux points distincts, marqués visuellement par un saut de ligne pour bien différencier les idées composant une sous-partie.

De manière générale, la forme doit être au service de l’appropriation de l’information. Le correcteur doit pouvoir comprendre le raisonnement en distinguant les changements de paragraphe et la hiérarchisation de l’information. La méthode de la note de synthèse est aussi celle d’une manière d’écrire : c’est un propos structuré obéissant à un cheminement logique. Il faut éviter la présentation successive de documents, adopter un style épuré et éviter les informations inutiles, qui auraient pour effet d’affaiblir les informations nécessaires.  Enfin, le candidat veillera à faire preuve d’honnêteté intellectuelle en n’utilisant pas les documents à des fins détournées au sein de son argumentation  et s’efforcera de rester objectif. En outre, une même idée ne doit pas servir plus d’une fois. Il y a une logique de précision dans cet exercice, qui vise à la rédaction d’un document opérationnel avant tout. Appropriation formelle et hiérarchisation de l’information sont les deux enjeux principaux de la présentation écrite.

Il importe de bannir tout jugement de valeur, notamment par l’utilisation d’adjectifs. Cela ne signifie pas qu’il faille éluder les débats sur le sujet proposé mais au contraire qu’il importe de mettre en relief les controverses. Ce qu’on avance n’a en effet de valeur que par les références sur lesquelles on s’appuie. Dès lors qu’on avance une idée, il faut impérativement pouvoir la rattacher à quelque chose émanant du corpus, complétée éventuellement ensuite par un élément de connaissances personnelles.

En ce qui concerne la conclusion, l’opinion majoritaire considère qu’elle n’est pas nécessaire car elle n’a pas d’apport particulier à faire. Néanmoins, s’il reste du temps, il est toujours possible de faire une conclusion qui n’en soit pas vraiment une en évoquant de façon courte une idée nouvelle mais qui s’inscrit dans la stricte continuité des développements, éventuellement rattachée à la dernière sous-partie du devoir.

5 – Les questions sur documents

Placées à la fin du devoir de manière à ce que le candidat ne dispose que d’un temps très limité pour les traiter, il faut néanmoins veiller à les traiter convenablement sans les dédaigner, car 4 points peuvent faire la différence entre le C et le B (ou entre le B et le A).

Certains recommandent de répondre aux questions sur documents avant de démarrer la note de synthèse, voire même de choisir le sujet en fonction des questions proposées – je laisse cependant ces conseils à votre appréciation personnelle.

Les questions consistent la plupart du temps à identifier des données chiffrées sur l’un des documents du corpus, à effectuer des calculs mathématiques basiques (mais ô combien stressants lorsqu’il ne reste que 5 minutes de temps imparti, d’où l’importance de s’efforcer de garder la tête froide), à commenter des éléments d’information, ou bien à analyser une image ou un graphique.

Il est possible de répondre avec un plan – néanmoins, compte tenu de la contrainte du temps, les correcteurs se contentent d’une réponse correctement problématisée et structurée en quelques idées essentielles.

Si vous choisissez comme l’auteur de ces lignes de réserver le traitement des questions pour la fin de l’épreuve, il peut être utile, durant la rédaction du devoir et parallèlement à la note de synthèse, de noter les idées qui vous viennent à la lecture des documents pour répondre aux questions.

*

Voici à titre indicatif une proposition d’organisation de votre temps durant l’épreuve :

* Prise de connaissance du sujet : 10 minutes

* Phase de lecture distante : 30 minutes

* Phase de lecture active : 1 heure

* Rédaction du devoir : 2 heures

* Questions sur documents : 20 minutes

Pour conclure cette fiche méthodologique, voici enfin quelques conseils thématiques complémentaires concernant la préparation au concours et la rédaction de votre devoir.

> Il serait improductif de chercher avant le concours à anticiper les sujets, qui, bien que reliés à une certaine actualité, sont chaque année tellement improbables qu’il est vain de vouloir réviser des thèmes de culture générale précis. Mieux vaut se concentrer sur la maitrise de la méthodologie.

> La meilleure préparation possible au concours consiste à travailler sur des sujets d’annales en conditions d’examen. En effet, cette épreuve se révèle être une véritable course contre la montre, et il convient d’être familier de la gestion du temps en situation pour ne pas se trouver pris au dépourvu le jour du concours. En particulier, il est fortement recommandé aux candidats habitués à travailler sur ordinateur de réaliser leurs entrainements en format papier, car l’appréhension du facteur temps varie grandement en fonction des outils utilisés.

> Prêtez une attention toute particulière à l’orthographe et à la syntaxe de votre copie. A ce stade, il faut bien être conscient que les correcteurs cherchent avant tout à éliminer des candidats, et la répétition de fautes est susceptible d’en agacer certains qui pourraient vous infliger une note éliminatoire. Dans la mesure du possible, efforcez-vous de ménager 5-10 minutes de temps de relecture à la fin de l’épreuve.

> Abstenez-vous de citer les documents entre parenthèses, ou de vous y référer directement par une citation – à moins que celle-ci soit particulièrement éclairante. Il convient en effet de vous placer dans la posture d’un conseiller administratif chargé de rédiger une note à l’attention de son chef de service, lequel n’a bien évidemment pas le temps de prendre connaissance des documents, et doit pouvoir se faire une idée des enjeux du problème posé en un temps limité.

A.H.


Trouvez sujets 2013 et 2014 ainsi que les rapports de correction ici : http://www.sciencespo.fr/admissions/fr/master-examen-preparation

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35 réflexions sur “La note de synthèse

  1. Ricardo dit :

    Bonjour, je compte tenter le concour pour entrée à Sciences Po Paris en septembre 2018.
    Je stresse un peu car je ne comprend pas vraiment comment préparer l’épreuve de la note de synthèse.
    J’entend bien qu’il faut peincipalement connaître la menthode mais dans l’énoncé il est précisé « à l’aide des docs et des vos connaissances persos ». Seulement les sujets peuvent être tellement varié que j’aimerai bien savoir ce que je dois étudier pour pouvoir apporter des connaissances persos. Or aucun programme de « révision » n’est communiqué.

    Comment faire pour bien préparer le concour au niveau des connaissances personnelles ?

    • Lucie - SOSciences Po Communication dit :

      Rebonjour, il n’y a effectivement pas de programme de révisions, car n’importe quel sujet peut tomber ! C’est un peu de la culture générale… Il faut donc bien se tenir au courant de l’actu, des enjeux d’actualité dans tous les domaines, lire beaucoup pour aller plus loin que les médias principaux. Et beaucoup travailler la méthode à l’aide des annales, c’est très important ! (Mais bon, à l’heure où j’écris, il est peu probable que la note de synthèse existe encore l’année prochaine 😉 )

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